Les petites gares de la région Grand Est

L’actualité nous fait parler de la gare de Bischwiller, en Alsace, au nord de Strasbourg.
Qui dit voyage en train dit gares.

Eh oui, nous l’avons oublié, pour voyager en train, il faut aller à la gare de départ et, après le voyage, descendre à la gare d’arrivée. Les gares de province sont un sujet éminemment présent car l’actualité dans la Région grand Est nous amène à nous plonger dans leur vie.

Cette région a décidé de fermer le 1er janvier 2026 13 guichets dans ses petites gares. Le sujet est central : que faire sans guichet pour voyager en train ?

Il est bon de faire aujourd’hui le tour du sujet « petites gares ».

1 – LA DECISION DE LA REGION GRAND EST

La liste des 13 gares est la suivante :

  • Rethel (Ardennes),
  • Revin (Ardennes),
  • d’Étival-Clairefontaine (Vosges),
  • Faulquemont (Moselle),
  • Fismes (Marne),
  • Joinville (Haute-Marne),
  • Morhange (Haute-Marne),
  • Soultz-sous-Forêts (Bas-Rhin),
  • Thann (Haut-Rhin),
  • Vittel (Vosges),
  • Wissembourg (Bas-Rhin),
  • Bischwiller (Bas-Rhin),
  • Champagne Ardenne TGV (Marne).

Qu’est- ce qui motive la décision soudaine de fermer 13 guichets de petites gares ?

Dans le cadre des négociations entre cette Région et la SNCF sur les futurs services TER, la Région a fait un calcul économique simple, que personne n’avait jusqu’alors soulevé.

En région Grand Est, un guichet de gare a, en moyenne, 60 clients par jour. Les 13 petites gares concernées en ont entre 6 et 10 par jour.

Pour les voyages TER en Région, les guichets servent 11 % des achats de billet, les bornes de vente 17 %, et donc 72 % des billets sont achetés en ligne ou sur l’appli SNCF CONNECT.

Cette tendance est constatée partout dans le transport et les services en France. On peut s’en accommoder pour garder un bon service. Mais cela a un coût que la Région grand Est veut corriger :
• Recette annuelle moyenne d’un guichet = 8 000 €,
• Coût payé par la Région à la SNCF pour le fonctionnement d’un guichet = 200 000 €.
• Budget à économiser pour la Région = (200 000 – 8 000) x 13 = 2,5 Millions d’€.

Mais nous allons voir que sur le terrain, le sujet de ces petites gares est fort compliqué.

2 – L’EXEMPLE DE LA GARE DE BISCHWILLER EN ALSACE

Dans la liste des 13 guichets supprimés, il y a Bischwiller.

Cette petite ville de 12 000 habitants est proche de Haguenau, et sa gare est située sur la ligne qui va de Haguenau à Strasbourg. C’est un beau bâtiment du XIXe siècle.

La gare de Bischwiller.

Situation de Bischwiller en Alsace.

Situation ferroviaire de Bischwiller.

Les données de trafic ferroviaire de cette gare sont très parlantes.

Fréquentation de la gare de Bischwiller.

La gare est donc de plus en plus fréquentée. Alors, la suppression du guichet, une bêtise ?

Sur 2000 voyageurs / jour, le guichet actuel délivre 40 billets TER, soit 2 % du trafic. C’est très loin des 11 % de fréquentation moyenne des guichets en Région.

Pour ne pas passer pour « un casseur de service public », Grand Est a prévu un nouveau guichet, au bureau de poste situé à 500 m. Marchez et voyagez …

Mais avec une croissance de 28 % du trafic entre 2015 et 2023, les collectivités ont du prendre les grands moyens. Puisque la gare reste petite, avec 2 quais dont un étroit entre les voies, et avec les 2 voies de la ligne ferroviaire, il faut organiser le lieu :

Les quais de la gare de Bischwiller.

Nous avons eu d’abord la création d’un passage souterrain entre le bâtiment de la gare et le quai entre les voies.

Bien qu’elle soit située en ville, cette gare est utilisée par un nombre croissant de voyageurs y venant en voiture. L’accès direct au centre de Strasbourg et ses trams en 35 mn environ par train incite les habitants loin autour à venir prendre le train ici.

Le parking proche de la gare souvent est plein. Que faire ?

La collectivité locale a vu, à l’arrière des voies, un espace inutilisé avec 2 voies de « débords » dans les herbes hautes. Donc, on supprime ces voies et l’on met un parking auto à la place.

Ce parking devant être relié au bâtiment de la gare, aux quais et au reste de la ville côté gare, on décide de poser une passerelle au dessus du tout.

Comme l’espace des 2 vois supprimées est étroit, on étale le parking dans toute la longueur de l’emprise de la gare.

Comme les passagers sont invités à venir en véhicule électrique, on prévoit des bornes de recharge et des ombrières photo voltaïques. Un must…

Le coût total hors photovoltaïque est près de 2 millions d’Euros (1 944 765 € Hors Taxes), réparti entre la Région (45 %) et la Communauté d’Agglomération de Haguenau. Les partenaires de ce projet sont SNCF Réseau et SNCF Gares et Connexions.

Implantation du parking.

Le parking de la gare de Bischwiller.

La passerelle au dessus des quais.

Le nouveau parking s’étale sur des centaines de mètres pour accueillir plus de 200 voitures

Il reste tout de même une borne de vente à la gare, pour 2000 voyageurs…

La borne d’achat des billets.

Résultat : Un traitement à 2 vitesses pour les voyageurs :

  • Vous êtes connecté et achetez le billet en ligne,
  • Vous ne l’êtes pas et vous marchez 500 m à la poste pour aller acheter un billet au guichet de vente, ou bien vous faites la queue à la borne à la gare…

La reprise de l’espace des 2 voies ferrées supplémentaires pour le parking interdit l’extension des installations fixes de la gare. Avec l’augmentation continue du trafic voyageur, l’équipement avec seulement 2 quais sur les voies principales sera-t-il suffisant à l’avenir ?

D’un côté, on favorise l’utilisation quotidienne du train, de l’autre on favorise l’utilisation de l’automobile individuelle, très partiellement propre, sans parler des autres transports collectifs, covoiturage, bus et car. Seules 3 lignes de bus passent à cette gare.

La situation est-elle satisfaisante ?

3 – L’EVENTAIL DES SITUATIONS DES PETITES GARES

Nous avons vu que l’infrastructure de la gare évolue largement. Mais qu’en est-il de l’exploitation de la gare. A Bischwiller, comme sans doute partout, nous voyons que les points de vue des parties prenantes sont très divers.

« A Bischwiller, nous avons une très jolie petite gare qui dessert un très gros hôpital », explique Sophie Boissard, directrice de la branche Gares et Connexions de la SNCF. « Mais nous n’utilisons le bâtiment qu’à moitié, l’autre moitié est inoccupée depuis vingt ans. La mairie nous a approchés pour exploiter un côté du bâtiment en vue d’y transférer le bar-tabac du village, et une autre aile pour y installer une halte-garderie. »

« Des pistes ont été lancées, mais rien n’est encore bien concret », précise ­Marie-Rose Martin, directrice générale des services à la mairie de Bischwiller. Un restaurateur serait intéressé par le site mais étudierait aussi une autre possibilité d’implantation. Quant à une halte-garderie, « les besoins sont couverts » en la matière dans la commune. Dans l’objectif « de revitaliser le lieu, l’hypothèse de le louer pour des bureaux n’est pas exclue. » Seule certitude, aucune décision ne sera prise cette année. La ville doit avant évaluer le coût de l’achat des bâtiments à la SNCF et des travaux de rénovation et d’extension.

Si l’ouverture d’une crèche a remporté une certaine approbation auprès des habitants, la création d’un bar en a laissé plus d’un sceptique. « Il y a un restaurant pas loin donc il ne servira pas à grand-chose, estime t’on. S’ils veulent dépenser de l’argent, qu’ils renforcent plutôt la sécurité. Il y a souvent des vols et du racket. »

Des problèmes il y en a, mais « pas plus qu’ailleurs », dixit Marie-Rose Martin. Elle ne cache pas, néanmoins, que la SNCF serait aussi intéressée par la multiplication des services pour « atténuer des problèmes d’incivilités par une présence supplémentaire sur le site ».

Alors, cette cacophonie locale nous fait oublier le théorème national : « Mettre l’église au milieu du village ». A Bischwiller, ce sera : « Mettre la gare au milieu du village ».

Qui peut trouver et décider de la meilleure solution ? Celui qui mettra tout ce beau monde autour de la table. Les débats, bien organisés, prendront tout en compte, et une majorité validera les principaux choix.

C’est la méthode que nous proposons d’initier et de tester.

Alors, quelles sont vos demandes et propositions, à Bischwiller et dans toute la France ?

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